-
Unto This Last / Gandhi 1908
Par Voix dissonantes dans Accueil le 8 Janvier 2011 à 12:00Sarvodaya (le bien-être de chacun)

pochoir photographié dans le quartier Beaubourg
Gandhi, 1869-1948, théoricien de la désobéissance civile et apôtre de la non-violence.
Gandhi adapta Unto This Last un essai de John Ruskin sur l'économie, paru pour la première fois en 1860, en gujarati en 1908 sous le nom de Sarvodaya (le bien-être de chacun). C'est aussi le nom qu'il donna à sa philosophie.
Cette traduction de Yann Forget, de 1993, résultant d'une maîtrise de philosophie gandhienne à l'Université d'Ahmedabad, est dans le domaine public.
En Occident, les gens pensent généralement que le devoir d'un homme est de promouvoir le bonheur de la majorité de l'humanité, et le bonheur est supposé signifier seulement satisfaction physique et prospérité économique. Si les lois de moralité sont brisées dans la conquête du bonheur, cela n'a pas beaucoup d'importance. L'objet à atteindre étant la satisfaction de la majorité, les Occidentaux pensent qu'il n'y a aucun mal si celui-ci est atteint au détriment de la minorité. Les conséquences de cette ligne de pensée sont inscrites en grand sur la face de l'Europe.
…
L'intérêt personnel absorbe nos énergies et paralyse notre capacité de discernement entre le bien et le mal.
…
Parmi les désillusions qui ont affligé l'humanité à différentes périodes, la plus grande peut-être et certainement la moins honorable est l'économie moderne basée sur l'idée qu'un moyen d'action avantageux peut être déterminé en dehors de l'influence d'un caractère social.
Bien sûr, comme dans toutes les autres désillusions, l'économie politique a une idée plausible à sa racine. Les caractères sociaux, dit l'économiste, sont accidentels et des éléments dérangeants de la nature humaine. Mais l'avarice ou le désir de progrès sont des éléments constants. Laissez-nous éliminer les éléments changeants, et considérons l'homme pratiquement comme une machine à faire de l'argent. Examinons par quelles lois du travail, de l'achat et de la vente, la plus grande quantité de valeur peut être accumulée. Ces lois une fois déterminées, chaque individu pourra introduire autant de caractère social perturbant qu'il le souhaite.
…
Mais les éléments perturbateurs du problème social ne sont pas de même nature que les éléments constants. Ils altèrent l'essence de l'objet examiné une fois qu'ils ont été introduits. Ils n'opèrent pas mathématiquement, mais chimiquement, introduisant des conditions qui rendent toutes nos connaissances d'alors inapplicables.
…
L'économie politique moderne …imagine l'homme comme un corps sans âme, et construit donc ses lois en conséquence, Comment de telles lois peuvent-elles s'appliquer à l'homme auquel l'âme est un élément prédominant ?
…
L'économie politique n'est pas une science du tout. Elle n'est d'aucune aide quand les ouvriers font grève. Les patrons ont une vue sur la question, les ouvriers une autre. Et aucune économie politique ne peut comprendre cela. Conflits après conflits, on s'efforce vainement de montrer que les intérêts des patrons ne sont pas antagonistes à ceux des ouvriers.
…
Même si l'on considère les hommes comme n'étant dirigés par aucune autre influence morale que celles qui affecte les rats ou les porcs, on ne peut montrer, d'une façon générale, que les intérêts du patron et de l'ouvrier sont opposés. Parce que, selon les circonstances, ils peuvent être divergeants ou ne pas l'être. C'est en fait l'intérêt des deux que le travail soit correctement fait et que l'ouvrier obtienne un juste salaire. Mais dans la division des profits, le gain de l'un peut être ou ne pas être la perte de l'autre. Ce n'est pas l'intérêt du patron de payer un salaire si bas qu'il laissera l'ouvrier malade et déprimé. Ce n'est pas non plus l'intérêt de l'ouvrier de recevoir un salaire si important qu'il conduise le patron à la faillite. …
C'est pourquoi toute tentative de déduire des règles d'action de la somme des opportunités est vaine. Car aucune action humaine n'a jamais été définie par le Créateur comme guidée par la somme des opportunités, mais par l'équilibre de la justice. Il a donc rendu toutes les tentatives pour déterminer une opportunité toujours plus futiles. Aucun homme ne peut savoir quel sera le résultat ultime pour lui-même ou pour d'autres d'une ligne de conduite donnée. Mais tout homme peut savoir, et la plupart de nous savent, ce qui juste et injuste. Et nous pouvons tous savoir que les conséquences de la justice seront finalement les meilleures possibles, à la fois pour les autres et pour nous-mêmes, bien que nous ne puissions dire ni quel est le meilleur, ni comment il viendra….
Dans le terme de justice, je veux inclure l'affection - celle qu'un homme doit à un autre. Toutes les relations justes entre un dirigeant et un exécutant dépendent finalement de cela.
…
Mais il est au contraire une machine dont la puissance motrice est l'Ame. La force de l'Ame entre dans toutes les équations de l'économiste sans qu'il le sache et falsifie tous les résultats. La plus grande quantité de travail ne sera pas produite par cette curieuse machine pour de l'argent ou sous la contrainte. Elle sera obtenue quand la force motrice, disons la volonté ou l'esprit de la créature, est amenée à sa plus grande puissance par son propre carburant, nommément par l'affection.
…
…un groupe d'hommes associés légalement dans le but de produire et de vendre n'est habituellement pas animé par de tels sentiments, … aucune forme d'affection ne peut exister, seulement une forme explosive d'aversion.
…
Toute la vie que nous possédons maintenant comme nation est mise en danger par quelques esprits forts et quelques coeurs pleins de foi dans les principes économiques enseignés par notre multitude. Mais ces principes conduisent à la destruction nationale. Quels que soient les modes et les formes de destruction auxquelles ils conduisent, j'espère dans la raison…
…
Je souhaite que le lecteur comprenne la différence entre les deux économies auxquelles les termes "politique" et "mercantile" peuvent être attachés.
L'économie politique consiste simplement en la production, la préservation et la distribution, aux moments et aux lieux les plus appropriés, de choses utiles ou agréables. Le fermier qui récolte son fourrage au bon moment ; le maçon qui fait des briques avec un mortier de bonne qualité ; la femme au foyer qui prend soin des meubles de son salon et garde sa cuisine de tout déchet ; tous sont des économistes politiques dans le vrai sens final, accroissant continuellement la richesse et le bien-être de la nation dont ils sont membres.
Mais l'économie mercantile signifie l'accumulation, dans les mains de quelques individus, de droits légaux ou de pouvoirs sur le travail des autres. Toutes ces prétentions impliquent précisément autant de pauvreté ou de dettes d'un côté quelles impliquent de richesse ou de droits de l'autre. L'idée de richesse parmi les hommes actifs des nations civilisées réfère généralement à cette richesse commerciale. Et en estimant leurs possessions, ils calculent plutôt la valeur de leurs chevaux et de leurs champs par la quantité d'argent qu'ils peuvent en obtenir, que la valeur de leur argent par le nombre de chevaux et de champs qu'ils peuvent se procurer.
…
Ce qui est réellement désiré sous le nom de richesse, est essentiellement le pouvoir sur les hommes : dans son plus simple sens, le pouvoir d'obtenir, pour notre propre avantage, le travail d'un employé, d'un commerçant ou d'un artiste. Et ce pouvoir de la richesse est bien sûr plus ou moins grand en directe proportion de la pauvreté des hommes sur lesquels il est exercé, et en proportion inverse du nombre de personnes qui sont aussi riches que nous, et qui sont prêtes à donner le même prix pour un article dont l'offre est limitée. … Ainsi, l'art de devenir riche, dans le sens commun du terme, n'est pas seulement l'art d'accumuler beaucoup d'argent pour nous-mêmes, mais aussi celui de découvrir comment notre voisin peut en obtenir que le moins possible. En termes exacts, c'est l'art d'établir le maximum d'inégalités en notre faveur.
L'affirmation absurde et irréfléchie que de telles inégalités sont nécessairement avantageuses est la racine de la plupart des sophismes interprétations populaires erronées dans le domaine de l'économie
…
Toute accumulation donnée de richesse commerciale peut indiquer, soit des industries prospères, des énergies progressives et des ingénuités productives, soit une luxure mortelle, une tyrannie sans merci et une querelle ruineuse….
En conséquence, l'idée que des directions peuvent être données pour l'accumulation de richesses sans tenir compte des sources morales, est peut-être le plus insolent et le plus futile de tout ce que les hommes ont transmis à travers leurs vices…
Finalement, depuis que l'essence de la richesse consiste en un pouvoir sur les hommes, ne s'ensuit-il pas que, plus nobles et plus nombreuses seront les personnes sur lesquelles elle a un pouvoir, plus grande sera la richesse ? Il peut même apparaître, après quelques considérations, que les personnes elles-mêmes, et non l'or et l'argent, sont la richesse. Les vraies veines de la richesse sont en chair et en sang, non en pierre. L'achèvement final de toute richesse est la création du plus grand nombre possible d'êtres humains pleins de vie, aux yeux brillants et au coeur joyeux.
…
Rien dans l'histoire n'est aussi disgracieux pour l'intelligence humaine que notre acceptation de la doctrine habituelle des économistes comme une science. …
La véritable économie politique est l'économie de la justice. Les gens seront heureux tant qu'ils apprennent à rendre justice et à être droit. Tout le reste n'est pas seulement vain, mais conduit tout droit à la destruction. Enseigner aux gens à devenir riches par n'importe quels moyens est leur rendre un immense préjudice.
…
L'économie ne prend pas en compte la conduite des hommes, mais affirme que l'accumulation de richesses est un signe de prospérité, et que le bonheur des nations ne dépend que de leur richesse. Plus il y a d'industries, dit-elle, le meilleur c'est. Les hommes quittent donc leur ferme et leur village avec son air frais et viennent dans les villes, où ils vivent diminués au milieu du bruit, de la noirceur et d'exhalations mortelles. Ce qui conduit à la détérioration physique de la nation, et accroît l'avarice et l'immoralité. Si quelques-uns parlent d'agir pour éradiquer le vice, les soi-disant hommes sages diront qu'il est absolument inutile que le pauvre reçoive une éducation, et qu'il vaut mieux laisser les choses telles qu'elles sont. Ils oublient pourtant que les riches sont responsables de l'immoralité des pauvres, qui travaillent comme des esclaves pour leur fournir leurs luxes, et qu'ils dont aucun moment à eux pour leur propre amélioration. Parce qu'ils envient les riches, les pauvres essaient aussi de devenir riches, et quand ils échouent dans leurs efforts, ils sont en colère. Ils perdent ainsi tout bon sens, et essaient de gagner de l'argent par la fraude. La richesse et le travail sont donc stériles de tous fruits ou utilisés pour se quereller….
Beaucoup de gens amassent des richesses, mais peu en font un bon usage. La richesse accumulée qui conduit à la destruction d'une nation ne lui est d'aucune utilité. Les capitalistes des temps modernes sont responsables de la large propagation des guerres injustes dont l'avidité de l'humanité est l'origine.
Texte intégral téléchargeable http://download.tuxfamily.org/defi/pdf/gandhi_unto_this_last.pdf
Tags : désobéissance, capitalisme, pouvoir, domination
-
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment
Suivre le flux RSS des commentaires de cet article
Ajouter un commentaire
