• Une saison chez les sous-hommes / Armand Robin 1945

    Une saison chez les sous-hommes   

     

    Des mots qu'il fallait oser écrire en ces temps de fin de guerre

    et de communisme triomphant dans l'intelligentsia française...

     

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    Armand Robin, 1912-1961, breton, poète méconnu, traducteur hors-norme, essayiste, homme de radio... libertaire !   

     

     

    Tous les hommes furent habillés

    Aux couleurs des bandits politiques ;

    On les vit d'un pas gymnastique

    Se hâter vers les plus bêtifiés.

     

    Grâce au progrès la terre était un cirque mirifique

    Avec chaque jour des galas magnifiques :

    Des millions d'innocents tués au nom de la liberté,

    Cent peuples mis aux fers au nom de l'humanité,

    La famine partout aidée au nom de la prospérité,

    Surtout au nom de la Pensée plus aucune pensée.

     

    On voyait sur un même tréteau,

    Inégalablement sots,

    Inégalablement idiots,

    Inégalablement brutaux,

    Inégalablement bestiaux,

    STALINE, HITLER, TITO, FRANCO,

    Nouvelle espèce d'animaux

    Dont ne voudraient pas les si bons animaux ;

    Et chacun devait clamer : « ILS SONT BEAUX ! ILS SONT BEAUX ! »

     

    Il fallait sous leurs mots devenir sans mot,

    Devenir morts sous leur moindre mot,

    Pour chacun de leurs mots dire un « Merci » très chaud,

    Pour chacune de leurs morts dire un « Merci » très haut,

    Chanter : « La vie est belle quand on est tué ! »

    Confesser : « On a raison de nous rendre tous muets ! »

    En cadence répéter : « Le vrai c'est le faux,

    « Le laid c'est le beau, le froid c'est le chaud

    « Et le haut c'est le bas et le bas c'est le haut

    « Et Staline eut raison, a raison, Staline est beau,

    « Staline est le seul beau, Staline est sans défaut ! »

     

    Le ton de ces « mercis » était surveillé.

    En ces temps-là vous pouviez tuer

    Tous ceux qui n'avaient pas vos idées ;

    Le programme était de tuer

    Tous ceux qui maintenaient quelque haute idée ;

    Et même la très grande mode était de tuer

    Quiconque concevait une quelconque idée ;

    Tout meurtre par les lettrés était aidé ;

    Plus le meurtre était fréquent,

    Plus les paulhans étaient contents.

     

    Les travailleurs de France haïssaient

    Leurs frères, les travailleurs allemands ;

    On disait d'un peuple entier : « Il mérite un châtiment. »

    On massacrait femmes, enfants : les poètes applaudissaient.

    On notait pour les châtier ceux qui se promenaient

    Seuls, 

    Ceux qui allaient dans les écoles pour étudier

    Seuls, 

    Ceux qui allaient près des ruisseaux pour écouter

    Seuls,

    Surtout on notait ceux qui donnaient soupçon de penser

    Seuls.

     

    Devant l'estrade des GRANDS MESSIEURS DÉCORÉS

    Chaque dimanche les pauvres défilaient

    Trois par trois en criant : « Nous voilà bien mâtés,

    « C'est afin de mieux prouver que nous sommes libérés ;

    « Il n'y a plus de pauvreté, il n'y a que du progrès !

    « Gloire à Staline le bien-aimé, l'unique, l'ensoleillé !

    « Il nous a dit : « Vous êtes pauvres ? Pour supprimer la pau­vreté

    « Il suffit d'afficher : « LA PAUVRETÉ EST SUPPRIMÉE ! ».

     

    L'homme de ces temps-là, tous lui faisaient du mal ;

    Il devait témoigner : « Nul ne me fait de mal ! »

     

     

    Armand Robin 1945 version provisoire 

    Version insérée dans Les Poèmes Indésirables, 1946

     

     

     

     

     

     

    Plus sur Armand Robin

     

    http://www.armandrobin.org/  le site dédié animé par Jean Bescond que je remercie tout particulièrement pour la mise à disposition de ce texte... d'autres suivront !

     

    http://lamaindesinge.blogspot.com/2011/05/pour-saluer-armand-robin.html le site de Louis Watt-Owen avec de nombreux extraits de la voix d’Armand Robin


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