-
Par Voix dissonantes dans Accueil le 13 Janvier 2011 à 12:07
Le néolibéralisme creuse les inégalités à l'échelle mondiale
Photo Léa Crespi
René Passet, , économiste et enseignant hétérodoxe
Relire l'histoire de l'économie à la lumière des mutations de la pensée, qu'elle soit scientifique ou philosophique : l'entreprise est de taille, et le résultat, passionnant. En près de mille pages d'accès aisé *, René Passet, professeur d'économie parmi les plus reconnus, pionnier de l'approche transdisciplinaire, éclaire un débat souvent technique et confus et remet en perspective les événements que nous vivons aujourd'hui. Résultat d'une vie de travail et de recherches, produit d'un esprit d'une rare ouverture, son livre deviendra sans doute une référence. L'entretien que nous publions est le premier d'une série d'articles destinés à mieux faire comprendre les enjeux et les conséquences de la crise économique qui ébranle la planète tout entière. Comment s'est formé le projet de ce livre ?Il y a longtemps, quand j'étais jeune prof, j'ai enseigné l'histoire de la pensée économique. Cette discipline me fascinait et, en même temps, me laissait dans une grande insatisfaction. La plupart des livres présentaient en effet une sorte de catalogue des auteurs ou des écoles, enfermés dans leur petite bulle. Le premier se fait démolir par le second, lui-même contesté par le troisième, et ainsi de suite, donnant l'image d'un débat en vase clos, coupé du monde. Il me semblait qu'il fallait donner un sens à cette succession d'approches et de théories. Mais ce n'était pas un projet de début de carrière ! Depuis, j'ai mûri, écrit quelques livres et rencontré beaucoup de gens, en particulier ce fameux Groupe des Dix, constitué à l'initiative de Jacques Robin et de Robert Buron, au sein duquel j'ai travaillé, pendant une dizaine d'années, avec des biologistes, des physiciens, sociologues, anthropologues, informaticiens ou cognitivistes, ces scientifiques qui étudient les mécanismes de la pensée. Ce groupe m'a permis d'envisager les choses autrement, en rapprochant les différents savoirs. Après des années d'enseignement, je me suis dit qu'il était peut-être temps de reprendre ce bon vieux projet qui ne m'avait jamais quitté.
Rapidement, quelles sont les grandes étapes de cette histoire de l'économie que vous relisez aujourd'hui ?
D'une certaine façon, nous sommes toujours ce petit homme cher au dessinateur Jean-François Batellier. Il est là, debout sur le grain de sable terrestre, et il interroge, angoissé, le fond noir de l'Univers : « Y a quelqu'un ? » A l'origine, il ne dispose que de ses cinq sens, il perçoit le monde comme un « grand tout » dont les grondements et les colères révèlent les sentiments. Les choses qui l'entourent lui paraissent peuplées d'esprits. Sur les murs des grottes, il dessine des scènes de chasse destinées peut-être à faciliter la capture du gibier. L'économie, au sens où nous l'entendons, n'existe pas encore, mais les hommes éprouvent des besoins qu'ils tentent de satisfaire en s'aidant d'outils de plus en plus sophistiqués. A mesure que s'étend le champ des connaissances, l'empire des esprits recule, ils prennent la forme de dieux qui se réfugient sur le sommet des montagnes ou dans les cieux. On passe d'une représentation magique à une représentation mythique du monde. Un pas considérable est franchi lorsque, derrière les manifestations de ces forces, on perçoit des régularités. Celles des crues du Nil par exemple. La nature semble obéir à des lois que les humains vont s'attacher à comprendre, puis à exploiter. La lunette astronomique, vous voyez que je vais vite, va représenter un tournant.
Nous en sommes déjà à Descartes et à Newton ?
Exactement. Face à l'Univers, le petit homme de l'époque voit un monde entièrement matériel, en équilibre, gouverné à tous les niveaux par les mêmes lois mécaniques et immuables de l'attraction universelle. Descartes et Newton se complètent pour décrire un monde qui fonctionne comme une horloge, et des êtres vivants comme des machines. Comme par hasard, c'est dans la foulée de ces conceptions qu'en économie va naître l'école libérale classique. Adam Smith, David Ricardo, Jean-Baptiste Say, John Stuart Mill imaginent un système dont l'intérêt privé constitue le ressort et la concurrence, le moteur. La célèbre « main invisible » d'Adam Smith réalise spontanément la transmutation des intérêts individuels en intérêt général. Pour cet auteur – qui est aussi celui d'une Histoire de l'astronomie –, il existe une loi « gravitationnelle » des prix : l'offre et la demande ramènent mécaniquement le prix du marché à son niveau « naturel ».
Cette vision d'un monde horloger va être bouleversée par l'apparition de la machine à vapeur...
Notre petit homme, qui pensait jusque-là que le monde était entièrement fait de matière, découvre qu'une substance mystérieuse, immatérielle et invisible, est capable de soulever le couvercle d'une marmite ! C'est la découverte de l'énergie et des lois de la thermodynamique – la transformation de la chaleur en mouvement – par Sadi Carnot. Une mutation considérable, porteuse de la révolution industrielle et d'un nouveau regard sur le monde qui rompt avec l'image de l'équilibre et de la répétition : ce monde bouge, il évolue, comme va aussi le montrer Darwin.
La théorie économique ne reste pas à l'écart. A la première loi de la thermodynamique, celle de la conservation (une fois brûlé, le charbon existe encore à l'état de gaz et de cendres), correspondra l'idée d'une permanence malgré tout : c'est la conception de l'« équilibre général » des marchés de Léon Walras (1834-1910), l'équilibre de chaque marché dépendant de celui de tous les autres. La seconde loi, celle de la dégradation (une fois brûlé, le charbon ne pourra plus engendrer le mouvement), suggère que, loin d'être promis à l'éternité, l'Univers marche vers la mort thermique. Marx (1818-1883) et Engels (1820-1895), également influencés par la pensée de Hegel, pour qui l'Univers évolue selon un processus de continuel dépassement, s'en inspireront pour décrire l'autodestruction du système capitaliste.
La guerre de 14 marque-t-elle une rupture ?
Après le choc de cette guerre et celui des crises, en particulier celle des années 1930, le doute s'installe dans les esprits. Les valeurs, les normes sociales, la culture et bien sûr les dogmes scientifiques sont ébranlés. Au niveau de l'infiniment grand apparaît le monde de la relativité, révélé par Einstein. Au niveau de l'infiniment petit, la mécanique quantique bouleverse la vision de la réalité. Freud dévoile les profondeurs de l'inconscient humain. C'est dans ce cadre nouveau que John Maynard Keynes (1883-1946) construit son œuvre en relativisant la théorie économique classique comme Einstein a relativisé l'univers newtonien. Ainsi, comme Einstein intégrait le temps et l'espace dans un concept unique d'espace-temps, Keynes intègre la monnaie, porteuse de temps, à l'espace de l'économie réelle alors que les classiques la tenaient à l'écart, la considérant comme neutre. De même Keynes s'inspirera-t-il de Freud pour établir les fondements psychanalytiques des comportements individuels et, au niveau collectif, ceux des marchés. Au présupposé classique de la rationalité des marchés, qui évacuaient l'imperfection des connaissances et des comportements humains, il oppose l'incertitude dans laquelle les acteurs économiques sont condamnés à agir.
Quel regard portez-vous sur cette mise en perspective des théories économiques ?
Une leçon de relativité et d'humilité. Contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, il n'y a pas de vérité éternelle en économie. Il ne faut jamais juger les auteurs en dehors de leur époque. Ricardo, qui écrit au XIXe siècle en Angleterre, au début du capitalisme, a raison d'insister sur la vertu de l'épargne : ce qui manque alors, c'est le capital, moteur du développement. En revanche, un peu plus d'un siècle plus tard, Keynes a tout aussi raison quand il préconise l'inverse : dépensez ! L'accumulation primitive du capital est réalisée, ce qui importe alors, c'est la consommation, devenue le moteur de l'économie. L'essentiel est donc de ne pas se tromper d'époque. Et c'est ce qui arrive aujourd'hui avec les néolibéraux.
Que voulez-vous dire ?
Avec l'apparition de l'ordinateur pendant le second conflit mondial, puis le développement foudroyant de la micro-informatique et d'Internet, nous avons effectué une mutation considérable. L'esprit humain est entré dans le champ économique en tant que facteur de production, au même titre que le capital ou la force musculaire. L'information, au sens du message mais aussi de la mise en forme (in formare signifie « donner une forme »), celle de la matière ou de l'énergie, s'étend désormais à tous les aspects de l'activité humaine. Et elle fonctionne en réseau à l'échelle du monde. C'est dans ce cadre désormais que s'organise la vie économique. Parallèlement, notre regard sur l'Univers change de nouveau. Les anciennes conceptions butaient sur la question de la vie. Comment aurait-elle pu jaillir d'un monde-horloge au mouvement éternellement recommencé ou d'un autre marchant irrémédiablement vers sa dégradation ? Si la vie est apparue, c'est qu'il y a dans ce monde des forces et des énergies qui la conduisent à se complexifier sans cesse, du big bang au cerveau humain. C'est cet univers complexe qu'il s'agit aujourd'hui de décrypter, et les ordinateurs y contribuent largement, en permettant des calculs qui révèlent des phénomènes jusqu'ici inaccessibles à la science. Voyez les nouvelles théories dites du chaos, celle des « structures dissipatives » d'Ilya Prigogine ou des « catastrophes » du mathématicien René Thom. Je les développe dans mon livre.
La pensée économique n'est pas restée à l'écart de ce mouvement...
Il y a même une effervescence d'auteurs qui se sont attachés – et s'attachent – à la faire progresser, tel Joseph Schumpeter (1883-1950) qui a développé le concept de « destruction créatrice » du capitalisme qui détruit ses éléments vieillis en en créant continuellement de nouveaux. Etrange résonance avec un univers qui se dégrade en engendrant un monde de plus en plus complexe. Des économistes ont participé directement au renouveau des sciences cognitives. D'autres ont fait appel à la psychologie comportementale, à la neuroéconomie. Malheureusement en ordre dispersé et sans déboucher, à ce jour, sur une nouvelle synthèse. Ce mouvement se heurte, en effet, au mur de l'orthodoxie néolibérale mise en place, dans les années 1980, autour de Friedrich von Hayek et de Milton Friedman, relayés idéologiquement et politiquement par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. En revenant aux vieilles lanternes de la rationalité des agents économiques, de la neutralité de la monnaie, à la foi inébranlable dans la régulation du marché, ces « nouveaux classiques » tournent diamétralement le dos aux avancées scientifiques de notre temps : la complexité, le réseau, l'incertitude. C'est une formidable régression.
“La sphère financière va se replier sur sa propre logique,
s'hypertrophier et se déconnecter de l'économie réelle.”
Quel va être le résultat de cette domination néolibérale ?
Une politique de déréglementation qui va permettre la liberté totale de circulation des capitaux. La sphère financière va se replier sur sa propre logique, s'hypertrophier et se déconnecter de l'économie réelle. La Bourse se situe aujourd'hui au centre de la vie économique, la spéculation devient un des principaux moyens de gagner de l'argent. En 2005, 92,3 % des transactions étaient constituées par des opérations financières de couverture, de spéculation et d'arbitrage contre 3,4 % tournées vers l'économie réelle sous forme d'achats ou de ventes d'actions ou d'obligations ! La puissance de la sphère financière est telle qu'elle impose sa loi à tous les niveaux de l'activité économique : entreprises, nations et organisations internationales. En exigeant des entreprises des taux de rendement de 15 % de leurs capitaux propres, on inverse la finalité de l'économie. De moyen, la finance devient l'objectif suprême. La rente de l'actionnaire, qui se nourrit des ponctions effectuées sur les autres revenus, conduit systématiquement à réduire les salaires, le nombre d'emplois, la dépense publique, la protection sociale. Le néolibéralisme creuse les inégalités à l'échelle mondiale, place l'argent au-dessus de tout, provoquant une crise du sens et des valeurs, brouille les frontières entre économie « propre » et « sale ». La logique marchande triomphe, englobant la culture, l'éducation, la santé. Le vivant, hier sacré, fait l'objet de brevets. Et les ressources naturelles, surexploitées, sont peu à peu épuisées par la course productiviste.
Comment analysez-vous la crise que nous traversons ?
Contrairement à ce que l'on entend souvent, ce n'est pas une crise de l'économie que nous vivons aujourd'hui. Mais une crise du système néolibéral. Ce n'est pas un phénomène extérieur qui a provoqué la crise des subprimes en 2008, mais la logique propre à ce système, lancé dans une course en avant de plus en plus folle, qui a conduit à proposer des crédits à des populations de plus en plus vulnérables, malgré les avertissements répétés contre les risques de formation de bulles immobilières. Le dépérissement de ce système demandera du temps. Trop d'intérêts sont en jeu, et vous avez pu constater qu'après quelques ajustements tout a repris comme avant. Les crises, de plus en plus violentes, se reproduiront. Et ceux qui ont pâti du système seront les principales victimes de son effondrement. Mais celui-ci ne se produira que si un nouveau système est en mesure de prendre la place.
Quel pourrait-il être ?
Je n'en vois pas d'autre que la bioéconomie. Les menaces qui pèsent aujourd'hui sur la biosphère, c'est-à-dire l'ensemble des êtres vivants et des milieux où ils vivent, conditionnent tout le reste. Incluses dans cette biosphère, les organisations économiques doivent en respecter les lois et les mécanismes régulateurs, en particulier les rythmes de reconstitution des ressources renouvelables. Cela pose évidemment la question devenue cruciale de la « gouvernance mondiale », aucune nation ne pouvant régler, seule, des problèmes d'une telle envergure. Certains pourront penser que de tels propos relèvent de l'utopie. Mais n'est-ce pas celle-ci qui donne du sens à nos existences ?
propos recueillis par Michel Abescat Télérama n° 3171
* Les Grandes Représentations du monde et de l'économie à travers l'histoire, de René Passet, éd. LLL Les liens qui libèrent, 950 p.
aucun commentaire
-
Par Voix dissonantes dans Accueil le 12 Janvier 2011 à 13:33
les vitesses de la justice

Louis-Ferdinande Céline, 1894 - 1961, médecin, écrivain et essayiste français
Dans le ‘’Voyage au bout de la nuit’’, Céline fait une analyse personnelle de la justice qui trouve encore sa pertinence aujourd’hui avec, entre autres :
la triste affaire d’Outreau, jugée puis déjugée, laissant sur le carreau l’ensemble des prévenus, vies brisées,
l’affaire ‘’Clearstream’’, - où comment les ‘’grands’’ s’arrangent entre eux, en cours d’instruction et,
l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris chapitre Guy Drut, jugée avec condamnation du prévenu mais, mais, la grâce présidentielle survint !!!
l’affaire Elf, avec condamnation de comparses aux amendes toujours impayées…
Alors, la parole à Céline...
« Certes, nous avons l’habitude d’admirer tous les jours d’immenses bandits, dont le monde entier vénère avec nous l’opulence et dont l’existence se démontre cependant dès qu’on l’examine d’un peu près comme un long crime chaque jour renouvelé, mais ces gens là jouissent de gloire, d’honneurs et de puissance, leurs forfaits sont consacrés par les lois, tandis qu’aussi loin qu’on se retourne dans l’histoire – et vous savez que je suis payé pour la connaître – tout nous démontre qu’un larcin véniel, et surtout d’aliments mesquins, tels que croûtes, jambon ou fromage, attire sur son auteur immanquablement l’opprobre formel, les reniements catégoriques de la communauté, les châtiments majeurs, le déshonneur automatique et la honte inexpiable, et cela pour deux raisons, tout d’abord parce que l’auteur de tels forfaits est généralement un pauvre et que cet état implique en lui-même une indignité capitale et ensuite parce que son acte comporte une sorte de tacite reproche envers la communauté. Le vol du pauvre devient une malicieuse reprise individuelle, me comprenez-vous ?... Où irions-nous ? Aussi la répression des menus larcins s’exerce-t-elle, remarquez-le, sous tous les climats, avec une rigueur extrême, comme moyen de défense sociale non seulement, mais encore et surtout comme une recommandation sévère à tous les malheureux d’avoir à se sentir à leur place et dans leur caste, peinards, joyeusement résignés... »
aucun commentaire
-
Par Voix dissonantes dans Accueil le 11 Janvier 2011 à 11:28
Millenium
Werner Lambersy, né en 1941, poète belge vivant à Paris
« Avant le règne du temps,
quand le néant et moi ne faisions qu’un »
Parviz Khazraï
Je suis Celui qui n’est pas, n’a pas été et ne sera jamais.
Parole impossible puisque personne pour la prononcer
Moyennant quoi, on prête à ce silence tout ce qu’on veut bien lui faire dire. L’introduction, comme en mathématique, de ce « défaut » sert de nombre imaginaire pour résoudre l’équation de la mort et de notre peur de mourir. Il « même », donc je suis, j’ai été, je serai toujours. Toute vérité révélée est une idée reçue : c’est encore le cas aujourd’hui, mais j’ai besoin d’exister ! La Terre infestée d’hommes de Marcel Moreau en confirme plus que jamais l’obsession. Que l’humanité disparaisse comme espèce, née de tant d’autres, reste dur à admettre face aux progrès « formidables » de la technologie…
Etre aimé, l’avoir été, espérer l’être, même dans la haine, fait de nous le centre de l’autre. Dieu lui-même n’y échappe pas ! Le principe d’incertitude qui tient lié le tout disparate de l’univers peut s’appeler amour. Depuis la physique quantique, nous vivons une nouvelle weltanschauung ouverte sur tout, mais le vieux cortex n’a pas bougé d’un poil et nous voici toujours égaux à la férocité imbécile du crocodile ancestral…
Demain, nous évoluerons dans un « multivers » et qui sait ce que sera ce « nous » ? L’obole pour le passage du Styx ne se verra sans doute plus frappée à l’image de l’absolu. Déjà le Sacré n’a plus cours que dans les sombres officines du fanatisme et les arrière-boutiques des paradis en promotion. Ce qui fait encore beaucoup de monde ! Le reste est politique à grand spectacle « pour distraire de l’ennui » (Schopenhauer).
On a trop fait parler les dieux en commères de quartier, laissant colporter l’injustice et la misère par tous ceux qui se prenaient pour des pythies, des prophètes ou des apôtres, au misérable prix de ne s’aimer pas eux-mêmes…
Le néant demeure muet : il n’a pas à naître ! Mais pas l’écriture ou le poème, qui empruntent le verbe à la rumeur de l’âme et à la création « ineffable » de l’art (Jankélévitch). Ce qui se passe dans l’écart entre les signes, les mots, les lignes dit le silence où nous disparaîtrons, la beauté qui nous fuit comme les galaxies et, entre l’encre et le pinceau, l’instant suspendu dont ce sera l’unique éternité. Le chant est l’énergie noire dont le vide se nourrit : les grandes voix ramènent la parole aux densités fondatrices. La lumière et l’espace-temps sont les échasses qui nous permettent de regarder plus loin et au-delà des horizons. L’art , historiquement récent, semble déjà aborder sa phase terminale : deux guerres mondiales et les cours assassins de la bourse en ont assuré l’intérim vers les limbes marchands . L’art montre des grâces d’agonisant, dont les colères lacèrent les draps lavés dans la machine des médias mais, dans des coins obscurs et retirés des modes, résistent encore des être tendres au nombre des génies ! De la beauté, mot tabou, matrice féconde en bonheurs essentiels, ne demeurent que l’antique nostalgie et la faim
L’œuvre vend sa vaisselle au kilo dans les brocantes branchées de l’esprit critique…
On lance dans le bac à lessive du public les noms qui font les plus belles bulles…
On exhibe le tir groupé des fusils à plomb du cœur dans les baraques foraines de l’amour…
On court, en tâtonnant, le long des labyrinthes truqués du palais des glaces du sexe…
On cherche sa propre image dans l’ersatz des affiches...
Les lobbies flashent leurs logos planétaires dans la monotone lobotomie des néons...
La banque et les fonds de pension crachent leurs bénéfices à la gueule du travail...
On parle statistiques, échantillons représentatifs de la population (pas du peuple !)...
Aux jeunes, on promet richesse et gloire, le temps qu’elles servent à l’argent et le servent...
Le respect tient aux parts de marchés prises dans les guerres, la drogue ou la crédulité..
La publicité et la psychologie des masses sont des armes de destruction massive…
On a greffé des caméras de surveillance dans les cervelles…
Sérénité et paix de l’âme seraient des conforts inavouables …
Le brent bréneux, les déchets chimiques et atomiques recouvrent la planète…
Les oiseaux sont mazoutés et les moissons se masturbent aux OGM...
Manger n’est plus une fête pour rire et faire rire de la mort…
Le troisième âge est un bisness rentable, le repentir aussi et même l’oubli…
La solitude devient un acte collectif livré aux décibels déchaînés…
Les amoureux se parlent un baladeur sur les oreilles et un portable au cou comme une clarine de troupeau…
Mais rien n’est perdu tant qu’on veut, désespérément, cette chose qu’on n’a pas ; qui ne se vend ni ne s’achète nulle part ; qui pourtant appartient à tous et à personne ; qu’on devine sans la connaître ; qu’on regrette peut-être comme si on l’avait déjà connue et qui manque sans qu’on sache ce que c’est…Les sciences ont rétabli le poème qui seul parfois peut en rendre compte (Cassé, Luminet et tant d’autres…) Les mathématiques font preuve d’humour ! Le rêve et l’émotion sont les coefficients indispensables de la raison. Une esthétique, en tant que telle, marquant toujours la fin d’une époque, l’inspiration, mot tabou lui aussi, exige « l’inentendu » des mots. Les Valeurs éternelles sont des objets obscènes et absurdes qu’il faut briser en jouant. Vivre l’art , être un humain, jouir de la beauté doit rester une genèse qui surprend le réel et le fabrique. Ecrire un poème, c’est sortir de l’impensable comme on sort d’un coma et rien n’est jamais perdu tant qu’on désire cette chose qu’on ne peut ni posséder ni acheter ou vendre nulle part…
http://data0.eklablog.com/jlmi/mod_article2516676_1.jpg
1 commentaire
-
Par Voix dissonantes dans Accueil le 10 Janvier 2011 à 22:39
homophobie... "j’accuse"

Anne, née en 1989, lycéenne
J’accuse tous ceux qui ne comprennent pas que ce n’est pas un choix, mais une orientation sexuelle qui est différente qui est parfois dure à accepter
J’accuse tous les parents qui après le " coming-out" de leur enfant l’ont viré de la maison
J’accuse tous ceux qui me regardent comme si j’étais une bête dans un zoo
J’accuse ceux qui ont par amusement inscrit au cutter " lesbienne" sur le corps d’une jeune fille.
J’accuse tous les intolérants, le pape, les gouvernements qui refusent de décriminaliser l’homosexualité.
J’accuse les adolescents qui se traitent de "pédés", "gouines" car cela n’aide pas un enfant à s’épanouir.
J’accuse le gouvernement égyptien pour l’emprisonnement de plusieurs gays.
J’accuse tous mes ex-amis qui m’ont quitté car j’étais homo, ils n’ont pas vu compris qui j’étais vraiment.
J’accuse toutes celles qui croient que je voudrais leur sauter dessus. Elles ne peuvent donc pas être amie avec un homme de peur qu’il leur saute dessus, quel dommage.
J’accuse tous ceux qui pensent que les lesbiennes, ou les gays, sont devenus homo car ils étaient trop moches pour avoir un(e) petit(e) ami(e).
J’accuse tous les députés qui ont voté non au PACS
J’accuse Christine Boutin, Jean-Marie Le Pen et tous ceux qui ont un pouvoir médiatiques de proclamer que l’on est des dégénérés de la race humaine.
Je suis un être humain, avec des défauts et des qualités.
J’aime, je suis aimée. J’ai 17 ans et plein de choses à dire et si le monde n’avait pas évolué socialement, on serait encore à l’âge de pierre. On ne juge pas une personne sur sa sexualité, ni sur la personne avec qui elle vit, mais sur ses qualités et ses défauts et l’homosexualité ne fait partie d’aucun de ces critères ; c’est une façon d’être heureux. Et la vie n’est pas faite pour vivre dans la souffrance, alors soyons heureux tels que l’on est et laissons nos voisins vivrent tels qu’ils l’entendent si ils ne blessent personne.
Site référence www.homoedu.com
aucun commentaire
-
Par Voix dissonantes dans Accueil le 10 Janvier 2011 à 10:30
Le mort a saisi le vif
Quand le libéralisme ne fait que reproduire les tics de l’ancienne langue de bois marxiste.

Jean-Claude Guillebaud , né en 1944, écrivain, essayiste et journaliste. Prix Albert Londres 1972.
Jean Daniel a raison : nous ne devons pas nous borner à « crier » contre l’iniquité du néolibéralisme. Il faut, sans relâche, en déconstruire la fondamentale sottise. Proposons une approche. Les prosélytes du marché et les cléricaux du capital sursauteraient si on leur disait que leur vision du monde ressemble dorénavant à celle des anciens marxistes. Or tel est bien le cas. Depuis la chute du communisme, tout s’est passé comme si, en se rigidifiant, le capitalisme avait repris ingénument à son compte les dogmes controuvés du système vaincu. Bien qu’elle fût en tout point ahurissante, cette recopie est passée inaperçue.
Un vieil adage juridique, que les notaires connaissent bien, nous aide à comprendre le phénomène. Il affirme, à propos d’une succession, que « le mort saisi le vif par son hoir [héritier] le plus proche ». Les choses se sont bien déroulées ainsi depuis vingt ans. Entre les traits du vainqueur (le vif) et ceux du vaincu ( le mort), la ressemblance n’a cessé de s’accuser. Aujourd’hui, elle crève les yeux. Donnons quelques exemples, liste non limitative.
L’arraisonnement de l’économie politique par les mathématiques a permis de prétendre que la théorie libérale ou le « consensus de Washington » étaient rationnels, donc indiscutables. Ce faisant, on réinventait à nouveaux frais le dogme du « socialisme scientifique » dont on mesure rétrospectivement l’absurdité. La vulgate néolibérale telle qu’elle est enseignée dans les écoles de commerce se fonde pourtant sur cette superstition. En réalité, l’économie politique véritable consiste à user des moyens adéquats pour faire aboutir un « projet », subjectif et éthique, c’est-à-dire démocratiquement choisi. Elle est le contraire d’une science. De même la référence obsessionnelle à la mondialisation ressuscite, sous une autre appellation, le fameux « sens de l’Histoire » auquel le marxisme nous sommait d’obéir. Dans un cas comme dans l’autre, on convoque une pseudo-contrainte « objective » pour éliminer la principale liberté démocratique : celle de la décision.
On psalmodie du même coup une mirobolante « promesse », celle de la prospérité planétaire à venir. On reprend ainsi, sous une autre forme, les expressions en usages dans l’ancien monde communiste : avenir radieux, lendemains qui chantent et autres turlupinades. Elles faisaient office d’opium du peuple et devaient convaincre ce dernier de consentir aux sacrifices du présent au nom du futur qui reculait à mesure. Les néolibéraux nous répètent aujourd’hui que les souffrances sociales sont le prix à payer pour atteindre l’équilibre des comptes publics et la compétitivité, c’est-à-dire le bonheur. Sous ce déguisement se cache bien le slogan menteur de l’ « avenir radieux ».
La même remarque s’impose au sujet de ce que j’appelle déni du réel ou persévérance diabolique. Dans l’ancienne langue de bois marxiste, on excusait les dysfonctionnements de l’économie centralisée en expliquant que ces économies n’étaient « pas assez » communistes. On procède pareillement aujourd’hui : les défaillances, les injustices et les blocages de nos économies prouveraient que ces dernières ne sont « pas assez » privatisées et déréglementées. Même tour de passe-passe, même déraison idéologique. Quant à la confiscation du pouvoir d’achat par une minorité d’ultrariches alors même que tous les autres sont abandonnés à leur sort, qu’est-ce donc sinon la résurgence du phénomène de la « nomenklatura » qui privilégiait à l’Est une infime et arrogante minorités d’apparatchiks ?
Certes, on dira qu’entre ces deux jumeaux historiques une discordance fondamentale demeure : celle de la liberté. Soit. Notons pourtant que le renforcement insidieux sur le Vieux Continent, d’une démocratie autoritaire fondée sur la surveillance, le flicage et la pénalisation, réduit peu à peu la différence. Au bout du compte, les dirigeants chinois qui mettent en œuvre un « vrai » système capitalo-communiste ont compris cette objective – et effarante – convergence.
C’est contre elle qu’il faut être, à notre tour, des « dissidents » résolus.
Source Nouvel Obs 16-22 décembre 2010
Merci à PRo pour l'information
aucun commentaire




