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le Talon de fer / Jack London 1908
Par Voix dissonantes dans Accueil le 29 Avril 2012 à 08:35le Talon de fer est un roman de socio-politique fiction.
Ecrit en 1908, il annonce la montée du capitalisme et sa transformation en fascisme de l’argent roi, avec le profit comme seule règle et la main mise sur le politique et le judiciaire comme outil, en un mot sa transformation en libéralisme au seul avantage d’une oligarchie : le Talon de fer.
Léon Trotski considérait cet ouvrage comme le seul roman politique réussi.
Voici ce qu’il en dit dans une lettre de 1937 adressée à Joan London la fille de l’écrivain :
« … rien n’est plus frappant dans l’œuvre de Jack London que sa prévision vraiment prophétique des méthodes que le Talon de fer emploiera pour maintenir sa domination sur l’humanité écrasée. … Dans son tableau de l’avenir il ne laisse absolument rien subsister de la démocratie et du progrès pacifique. Au-dessus de la masse des déshérités s’élèvent les castes de l’aristocratie ouvrière, de l’armée prétorienne, de l’appareil policier omniprésent et, couronnant l’édifice, de l’oligarchie financière…. C’est un tableau du fascisme, de son économie, de sa technique gouvernementale et de sa psychologie politique. »

Jack London, 1876-1916, écrivain américain
Léon Trotski, 1879-1940, révolutionnaire et homme politique russe
Pour illustrer l’actualité du propos, voici quelque extrait de ce livre situé au moment où Mr Wickson, chef de file de l’oligarchie locale prend la parole en réponse au tollé général provoqué par les propos tenus par le héros – Ernest Everhard, représentant de l’ours ! - lors d’une conférence devant les ‘’princes de la bonne société’’…
« [réponse de Mr Wickson à Ernest]…Aucune réponse n’est nécessaire, dit (il) avec une lenteur voulue. J’ai suivi toute cette discussion avec étonnement et répugnance. Oui, messieurs, vous, membres de ma propre classe, vous m’avez dégoûté. Vous vous êtes conduits comme des nigauds d’écoliers. Cette idée d’introduire dans une pareille discussion vos lieux communs de morale et le tonnerre démodé du politicien vulgaire ! Vous ne vous êtes conduits ni comme des gens du monde, ni même comme des êtres humains, vous vous êtes laissés entraîner hors de votre classe, voire de votre espèce. Vous avez été bruyants et prolixes, mais vous n’avez fait que bourdonner comme des moustiques autour d’un ours. Messieurs, l’ours est là (montrant Ernest) dressé devant vous, et votre bourdonnement n’a fait que lui chatouiller les oreilles.
Croyez moi, la situation est sérieuse. L’ours a sorti ses pattes ce soir pour nous écraser. Il a dit qu’il y a quinze cent mille révolutionnaires aux Etats-Unis : c’est un fait. Il a dit que leur intention est de nous enlever notre gouvernement, nos palais et toute notre aisance dorée : c’est encore un fait. Il est vrai aussi qu’un changement, un grand changement se prépare dans la société ; mais, heureusement, ce pourrait bien ne pas être le changement prévu par l’ours. L’ours a dit qu’il nous écraserait. Eh bien, messieurs, si nous écrasions l’ours ?
Le grognement guttural s’enfla dans le vaste salon. D’homme à homme s’échangeait des signes d’approbation et d‘assurance. Les figures avaient prise une expression décidée. C’était des combatifs.
- De son air froid et sans passion, Mr Wickson continua :
Mais ce n’est pas avec des bourdonnements que nous écraserons l’ours. A l’ours il faut lui donner la chasse. A l’ours on ne répond pas avec des paroles. Nous lui répondrons avec du plomb. Nous sommes au pouvoir : personne ne peut le nier. En vertu de ce même pouvoir nous y resterons.
Il fit soudain face à Ernest. L’instant était dramatique.
- Voici notre réponse. Nous n’avons pas de mots à perdre avec vous. Quand vous tendrez ces mains dont vous vantez la force pour saisir nos palais et notre aisance dorée, nous vous montrerons ce que c’est que la force. Notre réponse sera formulée en sifflements d’obus, en éclatements de shrapnells et en crépitements de mitrailleuses. Nous broierons vos révolutionnaires sous notre talon et nous vous marcherons sur la face. Le monde est à nous, nous en sommes les maîtres, et il restera à nous. Quant à l’armée du travail, elle a été dans la boue depuis le commencement de l’histoire, et j’interprète l’histoire comme il faut. Dans la boue elle restera tant que loi et les miens et ceux qui viendront après nous demeurerons au pouvoir. Voilà le grand mot, le roi des mots, le Pouvoir !
….
Et quand même vous obtiendriez la majorité, une majorité écrasante aux élections, … supposez que nous refusions de vous remettre ce pouvoir capturé dans les urnes ?
….
….
[fin de la réponse d’Ernest à Mr Wickson] Peu importe que ce soit dans un an, dans dix ans ou dans mille ans, votre classe sera renversée. Et elle sera renversée par la force. Nous autres de l’armée du travail, nous avons ruminé ce mot au point que l’esprit nous en cuit. La Force ! C’est vraiment le roi des mots, le dernier mot. »
La machinerie libérale aujourd’hui emballée est clairement explicitée dans ce remarquable roman, un classique de la littérature insurrectionnelle.
Jack London, le Talon de fer, préface de Raymond Jean avec une lettre de Léon Trotski, Phébus Libretto I.S.B.N. 978-2-8594-0876-3
Texte déjà publié sur ce blog le 4 mars 2011
Tags : masses, domination, pouvoir, fascisme, ouvrier, libéralisme, servitude, capitalisme, libéralisme, oppression, finance, pouvoir, classe, dictature
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