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il était du troupeau / jlmi 2009
Par Voix dissonantes dans Accueil le 5 Janvier 2011 à 19:40Il était du troupeau

source philovive.fr
Il y était né. Il y avait été élevé et tout avait été fait pour l’y tenir serré, confiné.
Un milieu familial toujours assujetti à de petits nobliaux campagnards ou de grands bourgeois parisiens avait cultivé à l’envie l’art du « Ne parle pas si on ne te demande rien » ou encore « Ne regarde pas les gens en face, c’est effronté, ça ne se fait pas. », premiers éléments vers une forme larvée de la servitude.
De l’église alors omniprésente, de cathés en patros en passant par colos et confessionnaux, les curés pilonnaient les jeunes ouailles à eux confiées avec le sacro-saint devoir d’état et d’obéissance absolue à ceux qui sont au-dessus afin de con-plaire à Dieu. Et carte de pointage pour les présences à la messe s’il vous plaît ( ou non d’ailleurs, c’était pareil ).… Il en était.
L’école de la République elle-même vous rangeait savamment en cases désignées, orientées, tout ce petit monde qu’elle avait à préparer pour la vie active alors dite professionnelle. Là d’où il était, - d'où i'venais - c’était le Cours Complémentaire. Ça devait lui permettre d’aller un peu au-delà du certif’, jusqu’au brevet élémentaire même, pourquoi pas, si ses ‘’moyens’’ et son travail…
Au bout de ce tunnel de quinze ans, un expert de l’orientation scolaire le voua au métier de tourneur après moins de dix minutes de dialogue avec sa mère. Selon l’exaspérant expert, il avait toutes les qualités requises. Oui, Madame !
Mais lui le con-cerné, trouvait qu’il lui en manquait une, fondamentale selon lui et qui le mettait en totale contradiction avec ce projet : sa réelle aversion pour le travail du métal avec ses mains noires et graisseuses alors que le bois est si doux au toucher, poncé à grain fin n'a-t-il pas le soyeux d'une peau, de celle du haut de l'intérieur d'une cuisse au plus près de l’intimité... Si au moins il avait dit menuisier ce grand lecteur dans le marc de café des compétences, sans doute que…
Parce que fer et bois, on connaissait ‘’bien’’, car le CC à côté des matières scolaires classiques d’un cursus adapté sixième/troisième, offrait en effet du travail en atelier une fois par semaine. Mais il était orienteur-expert, n’est-ce pas, cet homme, dans l’art de fournir de la matière vive à l’enseignement professionnel.
Au programme d’alors au CC, la physique et la chimie. La physique, un peu abstraite, mais la chimie, Ah ! la chimie ! Pour lui, une voie toute tracée. Prestige de la blouse blanche ? Il ne savait, mais son choix fut vite fait.
Aucun diplôme malgré un passage dans une école privée de formation au laboratoire. Deux lettres de ‘’motivation’’. Deux réponses positives. Heureux temps du plein emploi du début des ‘’trente glorieuses’’….
Ça devint mon métier.
J’entrais donc dans le monde d’une progression marche par marche toujours aidé/coopté par un certain de la marche du dessus. Une méthode d’aspiration ascendante depuis longtemps rodée pour garantir le bon fonctionnement de tout le système.
Dix sept années de cours du soir suivies de deux années d’école plein temps, soit dix neuf ans plus tard, je décrochais un titre d’ingénieur, un vrai, pas au rabais. Major de promo même que j’étais face à des petits jeunes qui avaient faits les classes préparatoires. Bête de somme, en somme, fruit du système et fière de l’être !
Ainsi capé, je changeais d’orientation. Par aspiration. Nouveau domaine, le commerce dans la science. Il faut quand même des bases, non ?
Là, plus de cours et de diplômes à passer, mais toujours l’ascension verticale avec les ressorts – ou miroirs ? - travail/compétence. Ainsi, je montais, montais comme la petite bête – ou le gros bêta – jusqu’à un perchoir, sans l’avoir voulu tout en l’ayant cherché plus ou moins, consciemment et/ou non.
Le système est bien huilé – vaseliné serait… grossier – même si soudain la contradiction vous pète à la gueule, littéralement. J’étais là pour mettre en forme ces messages et ces actions qui doivent faire passer les « Mais, si… » pour des « Longs termes », ces pilules, petites et grosses, qui font mal, qui tuent l’espoir, qui brisent des vies au profit du… profit. Profit de ceux qui ont imaginé, mis en place, entretenu depuis si longtemps l’aspirateur. Ces rois du management sans ménagement car, par hasard – mais y en a-t-il ? - le mot manager ne viendrait-il pas de ‘’faire le ménage’’ tout autour afin que les subalternes puissent travailler dans les meilleurs conditions possibles de… rentabilité pour la pompe à profit !
Bien sûr au cours de cette période il y eut beaucoup d’autres messages sous beaucoup de formes, sympas celles-ci, même si ce n’étaient que des carottes ou des poignées de queues de cerises... Mais il y avait les autres, putain ! les autres…
Et on est là au cœur de la toile, englueur englué, à se débattre, à user malgré tout le plus souvent possible de méthodes marginales, au rencard du système dominant, trop naturelles sans doute car sans assez de pression…
Mais l’araigne règne, et la pression, concurrentielle celle-ci, pour ce poste prisé, vous satellise un jour avant de vous débarquer sur le bas côté. Comme ça, comme scorie. Comme les autres. Le train doit continuer son chemin sur les rails en vigueur n’est-ce pas, sans quoi, où irions nous ? Et tu te retrouves là, blessé au tréfonds, bousillé grave, avec ce sentiment gluant d’avoir été l’invité d’un dîner de con…
Longtemps colère et soulagement se mêlèrent intimement en moi, semant le trouble et le tourment, avant que le soulagement l’emporte. Calme revenu, mon propre ménage devint possible ! De sous la poussière je remis au jour certaines vérités premières qui m’étaient chères…
puis, du plumeau j’ai tiré une plume…
Tags : servitude, classe, domination, pouvoir
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