• à l’aube de la dictature universelle / Stéphane Beau 2008

    à l’aube de la dictature universelle  

     

     

    Cet article a servi de point de départ à un roman, intitulé Le Coffret, paru en septembre 2009 aux éditions du Petit Pavé.

     

     Accueil

    Stéphane Beau, né en 1968, travailleur social

     

    Le 21e siècle sera le siècle du renouveau des dictatures. Ne croyez pas qu’en affirmant cette sentence je cède à la tentation de jouer les oiseaux de mauvais augure ou les prédicateurs du chaos. Ce n’est ni un appel aux armes, ni une dénonciation en règle, encore moins une invitation à un éventuel sursaut démocratique : je suis trop désabusé pour cela. Non, c’est juste un constat que tout un chacun – il suffit juste de s’en donner la peine – peut faire sans le moindre effort.

    Rassurez-vous, je ne prophétise pas le retour des dictatures à l’ancienne avec tyrans en uniformes, milices armées sillonnant les rues, tortures d’opposants dans les caves, journalistes muselés etc. Tout cela est terminé. Il en reste bien encore quelques-unes, des brutes de cette espèce, tout comme il reste quelques femmes persuadées qu’un véritable accouchement doit se faire sans péri-durale, mais ce ne sont que des résidus du passé, les derniers avatars de vieilles mœurs sur le déclin.

    Les nouveaux dictateurs, les George W. Bush, Nicolas Sarkozy, Berlusconi, Hugo Chávez, Vladimir Poutine etc., (la liste s’allongera démesurément dans les années à venir) ont de moins en moins besoin de faire usage de ce vieil attirail autoritaire susceptible de ternir leurs beaux portraits de gentils « petits pères des peuples ».

    Heureusement, de la même manière que la pharmacopée actuelle a réussi à rendre un grand nombre de médicaments tellement bons que les enfants – et parfois des adultes – ne parviennent même plus à faire la différence entre un Smarties et un comprimé, entre un sirop pour la toux et une boisson énergisante, nos nouveaux dictateurs ont eux aussi compris que l’on n’est pas forcément obligé de couper la jambe du malade souffrant d’un cor au pied !

    Nos nouveaux dictateurs peuvent donc pour l’essentiel jeter aux oubliettes tout l’arsenal de terreur qui composait la panoplie habituelle de leurs prédécesseurs car ils ont trouvé la formule magique, formule tellement bête, tellement évidente que personne n’avait véritable-ment osé imaginer qu’elle pouvait fonctionner. Cette formule ? Énonçons là de cette manière : pourquoi s’acharner à faire plier l’échine à des peuples qui ne demandent qu’à marcher courbés ?

    Car au fond, que demande le peuple ? Rien d’autre que de pouvoir s’abîmer tranquillement dans ses illusions, dans ses mensonges vitaux, dans ses rêves. Le quidam moyen, aujourd’hui, se contrefiche d’être effectivement libre. Ce qui compte, c’est qu’il ait l’impression de l’être. C’est parce qu’ils oublient cette dimension psychologique que les régimes ouvertement autoritaires sont confrontés à une résistance forte et qu’ils doivent verrouiller militairement leur système.

    Compte tenu des moyens dont nous disposons aujourd’hui – notamment grâce aux médias - pour anesthésier l’opinion, il faudrait être fou pour s’acharner à vouloir gouverner à l’ancienne, à grands coups d’électrochocs, alors que la grande majorité des électeurs, se complait dans les délices du coma artificiel.

    Nos dictateurs actuels ont parfaitement compris qu’il n’y avait aucun danger à laisser les rêveurs se griser de leur idéal d’un monde parfait, fraternitaire, égalitaire, solidaire, reposant sur le respect des Droits de l’Homme et autres jolis gadgets à la mode chez les humanistes. Au contraire : pendant qu’ils s’amusent à peaufiner leurs beaux discours, ces doux rêveurs n’empêchent pas nos nouveaux dictateurs de continuer de tirer tranquillement les ficelles par en dessous. Mieux encore, nos leaders d’opinions, nos penseurs officiels et nos intellectuels médiatiques sont tellement contents de revendiquer leur pseudo liberté qu’ils ont tout intérêt à tout mettre en œuvre pour maintenir le régime en place.

    Bien sûr, de temps à autres, nos nouveaux dictateurs se trouvent malmenés par tel ou tel journaliste, penseur, humoriste ou philosophe… qui pousse le jeu démocratique un peu plus loin que ses petits camarades et qui ose dénoncer clairement les pratiques du despote en place. Mais le malfaisant est très vite ramené à la raison et ses propos sont aussitôt noyés dans un flot de débats, de contre-débats, d’analyses et de discours qui font qu’au bout d’une quinzaine de jours tout est oublié.

    De toute manière, le dictateur moderne n’est pas fou. Il se moque de ces piètres tempêtes dans des verres d’eau. Il sait bien que, désagrément pour désagrément, il vaut mieux se faire flasher par un paparazzi ou chahuter par un « comique » que plastiquer par un terroriste.

    Pas d’inquiétude donc, le sens de l’histoire donnera bientôt raison à tous les philosophes qui clament depuis des siècles que le modèle démocratique finira par être universel. La mode n’est plus aux tyrans sanguinaires, mais aux gigolos de la « loft-politique » et, petit à petit, même les bourreaux les plus réticents au modernisme finiront par se laisser convaincre par cette autre lapalissade : À gouverner sans risque, on gouverne sans gloire… mais on gouverne quand même !

    N’allez pas croire que je crache dans la soupe. On a le monde qu’on mérite et les élites qu’on veut bien. De toute manière, l’homme, dans nos pays « démocratiques » dispose de bien plus de libertés que ce qu’il est en mesure d’en assumer. Raison de plus pour admettre avec le plus grand nombre qu’il n’y a pas de meilleure dictature que la démocratie moderne !

     

     

     

     

     

     


    Tags Tags : , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Cathy G
    Jeudi 31 Mars 2011 à 11:52

    ouverture de polémique mon cher Stéphane : sur la péridurale et Chavez, sans lien apparent. La première, c'est qu'en tant que femme qui a subi la maladie de la grossesse, donc la surmédicalisation qui coule de source, et qui fait que si on ne veut pas s'y laiser couler on passe pour des femelles dinosaures. La péridurale, est pratique peut être pour les mères qu ne veulent rien sentir, mais au niveau du bébé, c'est à voir, mais bon ce ne sera pas certes ni le premier (quoique) ni le dernier contact avec la chimie de notre doux monde, mais donc la péridurale, comme la position, comme l'allaitement ou pas, etc, c'est une affaire de choix qui doit être ou devrait être absolument libre, et si une femme a envie de sentir son accouchement, elle devrait pouvoir accoucher sans péridurale, sans césarienne de commodité 'programmable aux heures de bureau) etc sans être considérée comme "résidu du passé" et "dernier avatar de vieilles moeurs sur le déclin"... la douleur fait aussi partie de la vie, l'affronter peut avoir un sens, voire même être transformé en autre chose, cette façon de tout édulcorer, anethésier, sécuriser...  m'emmerde et m'inquiète au plus haut point. Il y aurait bcp à dire sur l'accouhement dans nos sociétés, l'accueil des être comme celui de leur accompagnement vers la sortie, mais donc je m'arrêterai là, une femme peut désirer accoucher sans péridurale, sans être tordue, arriérée ou masochiste.

    Deuxième point, Chavez... La propagande Us a tellement bien marché - ils sont doués pour ça - que Chavez se retrouve dictateur au risque de complètement perdre la définition réelle de ce mot, aussi j'invite Stéphane à se renseigner un peu plus sur ce qui se passe au Vénézuela, notamment sur le putsch de 2002 qui a visé à renverser Chavez, sans vouloir me poser en pro-Chavez, je ne peux pas laisser passer cet amalgame avec des Bush, Berlusconi et Cie (je ne parle même pas de Sarko qui pour moi est un pantin de la finance)

    il y a quelques articles relayés sur délit de poésie à ce sujet mais je ne peux copier coller les liens ici, ça ne fonctionne pas...

    voilà, deux réactions à chaud et en passant maus auxquelles je tenais

     

     

     

    2
    Jeudi 31 Mars 2011 à 13:25

    A proprement parler, Sarko, Berlusconi Bush ou Poutine ne sont pas (ou n'étaient pas) non plus des dictateurs. Après, je comprends, qu'à l'image de Castro, on veuille mettre Chavez un peu à part. On est là dans des nuances idéologiques que j'entends, mais qui ne semblent pas remettre en cause ce que j'ai voulu dire...


    Quant à la péridurale, je suis complètement d'accord avec ce que tu exprimes (Jean-Louis va être déçu, lui qui espérait un débat fougueux !). Je m'en prenais juste à une tendance vaguement catho (voire sectaire) qui tend à ne pas vouloir laisser le choix aux femmes, justement et à réintroduire l'accouchement dans la douleur comme étant une valeur morale fondamentale (comme la femme au foyer)

    3
    Cathy G
    Jeudi 31 Mars 2011 à 14:30

    mince alors, nous voilà déjà d'accord ! sauf que je préfère largement Chavez à Castro, je ne pense pas qu'on puisse les comparer, Chavez n'a pas de sang sur les mains... par contre il est clairement un non-aligné, mais je le rapproche plus de Morales, Evo, et à l'heure actuelle ce sont els deux dirigeants qui m'intéressentle plus, SURTOUT Morales...

    4
    Cathy G
    Jeudi 31 Mars 2011 à 14:33

    en tout cas, nous tombons absolument d'accord sur la fin de ton article, et donc sur le fond

     

    Suivre le flux RSS des commentaires de cet article


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :