• Comment les multinationales transforment l’eau en argent…


    Water Makes Money (Fr) - 2  /  Leslie Franke & Herdolor Lorenz  2010

    Leslie Franke & Herdolor Lorenz sont tous deux réalisateurs documentaristes allemands


    Tout comme l’air que nous respirons, l’eau est un élément indispensable à la vie. Ainsi, le 27 juillet 2010, l’accès à l’eau potable a été intégré à la Déclaration des Droits de l’Homme par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Malgré tout, l’eau reste en proie aux intérêts économiques des entreprises multinationales obsédées par leurs profits. Cette mainmise sur l’or bleu touche aussi bien les pays en voie de développement que les riches pays industrialisés…

    Dès qu’une commune cherche à remanier sa gestion de l’eau, les deux plus importants groupes mondiaux de l’eau pointent leur museau. Ensemble, ils constituent un oligopole qui pèse sur toute la surface du globe. En France, par exemple, ils approvisionnent près de 80% de la population. Conséquences : hausse vertigineuse des prix à la consommation, baisse de la qualité de l’eau, manque de transparence souvent lié à un climat de corruption… Même s’il ne s’agit plus de privatisation à proprement parler, mais de partenariat public-privé, le résultat est le même : les profits sont privatisés et les pertes collectivisées.

    Le documentaire Water Makes Money explique comment les entreprises multinationales s’accaparent la distribution de cet élément vital et créent ainsi une alchimie déroutante : elles transforment l’eau en argent ! L’analyse de ce phénomène par des experts est agrémentée par plusieurs exemples de communes, allemandes et françaises, en proie à la domination de ces entreprises peu soucieuses d’offrir un service de qualité. Mais, à l’instar de Paris, des collectivités se soulèvent pour passer en régie publique. Le contrôle citoyen de l’eau est nécessaire et possible…


    un résumé pdf ?

     

     

     

     partie 3 le 25 février

     

     

     


    aucun commentaire
  • Comment les multinationales transforment l’eau en argent…


    Water Makes Money (Fr) - 2  /  Leslie Franke & Herdolor Lorenz  2010

    Leslie Franke & Herdolor Lorenz sont tous deux réalisateurs documentaristes allemands


    Tout comme l’air que nous respirons, l’eau est un élément indispensable à la vie. Ainsi, le 27 juillet 2010, l’accès à l’eau potable a été intégré à la Déclaration des Droits de l’Homme par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Malgré tout, l’eau reste en proie aux intérêts économiques des entreprises multinationales obsédées par leurs profits. Cette mainmise sur l’or bleu touche aussi bien les pays en voie de développement que les riches pays industrialisés…

    Dès qu’une commune cherche à remanier sa gestion de l’eau, les deux plus importants groupes mondiaux de l’eau pointent leur museau. Ensemble, ils constituent un oligopole qui pèse sur toute la surface du globe. En France, par exemple, ils approvisionnent près de 80% de la population. Conséquences : hausse vertigineuse des prix à la consommation, baisse de la qualité de l’eau, manque de transparence souvent lié à un climat de corruption… Même s’il ne s’agit plus de privatisation à proprement parler, mais de partenariat public-privé, le résultat est le même : les profits sont privatisés et les pertes collectivisées.

    Le documentaire Water Makes Money explique comment les entreprises multinationales s’accaparent la distribution de cet élément vital et créent ainsi une alchimie déroutante : elles transforment l’eau en argent ! L’analyse de ce phénomène par des experts est agrémentée par plusieurs exemples de communes, allemandes et françaises, en proie à la domination de ces entreprises peu soucieuses d’offrir un service de qualité. Mais, à l’instar de Paris, des collectivités se soulèvent pour passer en régie publique. Le contrôle citoyen de l’eau est nécessaire et possible…


    un résumé pdf ?

     

     

     

     

     

    partie 2 le 23 février

     

     


    aucun commentaire
  •  Petites manipulations sondagières au sommet  /  Alain Garrigou 2012

    Source : http://blog.mondediplo.net/2012-02-02-Petites-manipulations-sondagieres-au-sommet

     

     

      Petites manipulations sondagières au sommet  /  Alain Garrigou 2012

    Alain Garrigou, né en 1949  , professeur de science politique à Paris X ( Nanterre ), collabore régulièrement au Monde diplomatique

     

     

     

    La Cour des comptes a publié son rapport sur les dépenses de communication et de sondages des ministères et du service d’information du gouvernement (SIG) en octobre 2011. Quelle que soit la difficulté du contrôle, celui-ci a confirmé la forte augmentation des dépenses de communication et de sondages de l’Etat depuis 2006. Cette publication n’était peut-être pas bienvenue pour un pouvoir qui ne cesse d’insister sur la baisse des déficits publics. Ceux qui attendaient un scandale à la mesure de l’« Opiniongate », l’affaire des sondages de l’Elysée, n’en sont pas moins restés sur leur faim. Aussi la presse s’est-elle faite brièvement l’écho de la forte augmentation des dépenses, des critiques sur l’opportunité de certains sondages (par exemple concernant l’image d’un ministre, malgré l’interdiction pour les ministères de financer des questions partisanes) ou encore sur le non-respect de la procédure (tous les sondages devraient obtenir l’agrément du SIG). On a d’autant moins remarqué un encadré sur les « abonnements du SIG aux sondages publiés » [1] que le coût ne s’élève qu’à 125 000 euros. Une broutille, si l’on s’inquiète de fraude ou de gaspillage, comme c’est la mission de la Cour des comptes.

     

    Le SIG dépend en principe de Matignon, mais en réalité, depuis quelques années, encore plus de l’Elysée. Il peut paraître curieux que cet organisme d’Etat paie les sondages pour en obtenir la « primeur », c’est-à-dire la communication avant la levée de l’embargo. Soit quelques jours, voire quelques heures avant leur publication. La Cour des comptes a posé la question et repris manifestement la réponse du SIG à son compte : « L’intérêt réside moins dans cette “primeur” que dans l’accès aux données détaillées, alors que les comptes-rendus publiés dans la presse sont souvent beaucoup plus synthétiques. » Cela serait plus convaincant si la publication ne se faisait que dans la presse. Or, les sondages sont publiés — en principe complètement — sur les sites des sondeurs dès la levée de l’embargo. On ne sera guère convaincu non plus par les explications complémentaires — éviter de commander des sondages identiques — quand on sait que la répétition en la matière n’embarrasse guère l’administration. On sera encore moins convaincu par l’argument selon lequel « les sondages sont utilisés pour les analyses réalisées par le personnel du SIG », alors qu’ils peuvent en disposer dès la levée de l’embargo. Enfin, 125 000 euros d’abonnement, ce n’est pas très cher pour plusieurs centaines de sondages par an, près de 700 en 2010, précise la Cour des comptes. Avec un coût unitaire de 15 548 euros par institut et par an, qui n’a pas changé. Voilà qui a dû rassurer la Cour, au milieu d’un mouvement de hausse des dépenses.

     

    Tout juste le SIG a-t-il souscrit de nouveaux abonnements aux six anciens (Ifop, Sofres, BVA, Ipsos, Opinionway, LH2), en les portant à huit en 2010 (CSA et Viavoice) et à neuf en 2011 (Harris interactive). Il faut donc croire que l’obtention précoce de leurs résultats est intéressante. Quand on sait que les sondages commandés par le SIG sont confidentiels — certains sondeurs s’étant même élevés contre ce secret —, il y a une raison supplémentaire de s’interroger sur la primeur de sondages publiés. A quoi sert de payer la primeur ? Pour le SIG, les ministères concernés, Matignon et l’Elysée, auxquels les résultats sont aussitôt transmis, il s’agit, il va sans dire, de bénéficier de quelques heures d’avance.

     

    Une anecdote met sur la voie : un membre du cabinet ministériel d’un premier ministre avait eu connaissance par le SIG des résultats favorables d’un sondage [2]. Rencontrant un journaliste, il évoquait ces résultats pour lui suggérer un commentaire louangeur pour le premier ministre en accompagnement de la publication des résultats. Le journaliste s’étonna d’autant plus qu’il était le commanditaire du sondage et qu’il en croyait les chiffres inédits. Il en fit le reproche au sondeur. Celui-ci appela immédiatement le SIG pour se plaindre de cet usage des résultats qui risquait de compromettre ses relations avec l’organe de presse. Le journaliste ne semblait pas savoir qu’une officine gouvernementale obtenait les résultats de tous les sondages en même temps que les commanditaires. A moins qu’il se soit seulement plaint qu’il en soit fait cet usage.

     

    La pratique de l’embargo ne relève d’aucune obligation légale, même si le terme a été manifestement emprunté à la disposition de la loi de 1977 interdisant la publication dans la semaine précédent un scrutin (délai ramené à 48 heures en 2002), mais d’une pratique commerciale qui assure aux clients la primeur du sondage à publier — quoi de plus élémentaire ? — tout en permettant de le communiquer très confidentiellement. Une confidence pour privilégiés, en somme. La mention de la date et de l’heure de l’embargo informe chacun de la limite de l’exclusivité. Il est nécessaire de la signaler dès lors que le commanditaire n’est pas le seul destinataire des résultats. L’abonnement du SIG en montre une dimension régulière, mais les entreprises de sondages livrent parfois en avant-première leurs résultats aux personnes concernées, comme les directions des partis politiques. Mesure de courtoisie, en quelque sorte. Avec cet accord tacite sur la non-utilisation des résultats avant la levée de l’embargo pour respecter les droits du commanditaire. En appelant le SIG, le sondeur concerné par l’indélicatesse du collaborateur du premier ministre rappelait au SIG que la « primeur » ne donnait droit qu’à prendre connaissance de l’information, pas à l’utiliser tactiquement. Une pratique évidemment problématique, tant il peut paraître absurde de bénéficier d’informations si ce n’est pas pour s’en servir. Affaire de délicatesse, mais aussi d’urgence.

     

    Primeur ou censure ?

     

    La règle tacite de l’embargo est d’autant mieux respectée que la « primeur » est offerte en gage de politesse. La transgresser interdirait d’en bénéficier à nouveau. En va-t-il de même quand il s’agit d’institutions d’Etat dont on sait qu’elles sont cruciales aux sondeurs ? Surtout si la « primeur » est payée — même modestement — et n’est plus un cadeau. Peut-être la gaffe du collaborateur du premier ministre est-elle seulement anodine. L’abonnement n’ouvre-t-il pas cependant la porte à des actions plus gravement illégitimes ? Un ancien journaliste du Figaro évoquait récemment sa surprise auprès d’un confrère spécialisé dans les commentaires de sondages encore en activité : aucun sondage n’avait été publié depuis la mi-décembre jusqu’à la première semaine de janvier [3]. Pourquoi cette trêve des sondages ? Son confrère lui livra alors une explication confidentielle : le baromètre habituel avait bien été réalisé, mais ses résultats révélaient une forte hausse des intentions de vote pour deux candidats, François Bayrou avec 9 % et Dominique de Villepin, qui venait de déclarer sa candidature, avec 8 %. L’Elysée, plus particulièrement alerté par le niveau de ce dernier, demandait au sondeur de le baisser au-dessous de 5%. Sur le refus du sondeur, le journal décidait de ne pas publier les résultats, si mauvais pour le président. C’est une modalité des stratégies performatives utilisant les sondages. Elles opèrent positivement par les push polls, sondages et commentaires publiés comme des prophéties créatrices, mais aussi par l’absence de publication des sondages défavorables. Or, c’est une chose que de ne pas publier les sondages que l’on a payés, à l’initiative du commanditaire et propriétaire ; c’en est une autre d’empêcher la publication d’un sondage commandé par un autre, et en profitant de la primeur de la connaissance du sondage. Sans doute le cas évoqué concerne-t-il un journal qui ne s’est pas trop fait violence pour ne pas gêner le pouvoir. Ne peut-on imaginer des pressions sur d’autres organes de presse moins favorables ? La « primeur » du SIG a manifestement un intérêt pour un pouvoir, qui n’aurait pas de scrupules à utiliser les moyens d’exercer des pressions, surtout s’il est sous tension. Pourquoi s’en tenir alors à un usage purement informatif ?

     

    La « primeur » du SIG sur les sondages ne saurait être assimilée à un régime d’autorisation préalable telle que la presse l’a connu en France sous le Second empire, où tout article devait être lu avant d’être publié, et telle qu’elle s’exerce encore dans de nombreux pays. Il n’empêche que l’on voit mal la presse communiquer ses articles avant la publication, même sans censure légale, parce que l’Etat est abonné.

     

    Notes

     

    [1] Cour des comptes, « Les dépenses de communication des ministères », octobre 2011, p. 68 (PDF).

     

    [2] Cette anecdote est racontée par Nicolas Kaciaf dans sa contribution au livre collectif La Critique des sondages, qui réunit les interventions au colloque organisé par Le Monde diplomatique et l’Observatoire des sondages, le 5 novembre 2011 à l’Assemblée nationale. A paraître en 2012.

     

    [3] www.thierry-desjardins.fr

     

     

    Pour mémoire, en 2010 déjà…….

     

    Appel au soutien d’Alain Garrigou, professeur de science politiqu

    Source http://moinscplus.blogspot.com/2010_01_01_archive.html

    Quel est l’objet de cette plainte ?

    Une opinion intolérable, invraisemblable, vraiment ! A la suite du rapport de la Cour des comptes publié le 16 juillet 2009 et considérant les listings des sondages de l’Elysée publiés le 6 novembre, Alain Garrigou, professeur de science politique à l’Université Paris-Ouest, spécialiste des sondages, avait eu l’audace de déclarer : « L’Elysée défend le choix d’OpinionWay par Patrick Buisson [directeur de Publifact et conseiller du Président, ndlr] pour la rapidité des études Internet. Or, ils oublient de préciser que les sondages en ligne sont surtout réputés pour être moins chers ! Pourquoi l’Elysée paie beaucoup plus cher en passant par lui au lieu de les acheter à moindre prix directement ? Et pourquoi laisser Buisson se faire une marge de 900 000 euros sur son dos ? Soit c’est un escroc, soit c’est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre pour payer des sondages durant la prochaine campagne électorale sans que ce soit visible dans les comptes de campagne du futur candidat Sarkozy. ».

     

    Cette explication, à coup sûr, mérite procès. Comparution immédiate, presque. Rien, certainement, n’est plus grave.

     

    La plainte de P. Buisson vise évidemment à faire un exemple. Récemment, des chercheurs ont été la cible de ce type d’attaques : Olivier Filleule, Vincent Geisser, Isabelle Sommier. Cette fois, l’attaque vient de plus « haut ». Demain, à qui le tour ? Qui doit décider des territoires autorisés aux scientifiques, aux écrivains, aux journalistes ? Qui doit décider des appréciations qu’ils tirent de leurs enquêtes ? Les tribunaux ? Sartre aurait été condamné cent fois, Foucault, cent fois, Bourdieu tout autant.

     

    « Tu enquêtes, tu critiques ? Gare au procès ! ». Collectivement, nous le refusons. Collectivement, nous reprenons à notre compte - au mot près - les propos d’Alain Garrigou.

     

     

     


    aucun commentaire
  • Moralité...

     

    Moralité  /  Anna Jouy 2012

    Anna Jouy, née en 1956, travailleuse sociale auprès de femmes en grandes difficultés, écrivain et poète suisse.

     

     

    Plus de 600 morts en Europe pendant la vague de froid qui a sévi dernièrement. Beaucoup, la majorité de ces victimes furent des sans abris des pays de l'Est. . .

    Moralité  /  Anna Jouy 2012    sdf - Blagoveschensk - Russie

     

    Mais lorsqu'on ose laisser crever des humains parce qu'on leur refuse le droit de boire leur alcool- seule et dernière liberté à poser sur leur blessure- par moralité ou hygiène dans les abris officiels, on devrait avoir à subir des conséquences judiciaires et payer du prix de sa propre liberté ces homicides tolérés activés admis organisés étatisés. l'immoralité totale à vous donner la gerbe

     

     

    Plus sur Anna Jouy  http://www.annajouy.ch/


    aucun commentaire
  •  Comment la finance contrôle le débat économique  


    Comment la finance contrôle le débat économique  / Bertrand Rothé  2011

    Bertrand Rothé, certifié en cuisine,  Agrégé en économie. Il enseigne à l’Université de Cergy-Pontoise.

    Il vient de publier au Seuil avec Gérard Mordillat "Il n'y a pas d'alternative ; Trente ans de propagande économique" au Seuil. Son précédent ouvrage, "Lebrac, trois mois de prison" (Seuil, 2009) a reçu le prix Jean-Baptiste Botul.

     

    La crise fait rage, mais le débat n’avance pas. La seule solution qui émerge, se serrer la ceinture pour payer les banques. Mais n’est ce pas la définition même de la crise : « quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître » ? Sauf que cette fois la formule d’Antonio Gramsci ne fonctionne pas : les économistes hétérodoxes, les Lordon, Sapir, Gréau… ont des solutions. Le vrai problème : ils ne sont pas entendus. Est-ce surprenant ? La finance contrôle le débat économique.

     

    Y en a que pour les banquiers

    Qui nous a informé sur la crise cet été ? Essentiellement des banquiers. En août, dix articles du Monde traitent du fond du problème dans les pages débat. Sur ces 10 articles, 16 citations proviennent d’individus liés aux institutions financières, et 6 d’individus non liés directement à la finance. 76,6 % de citations pour les financiers, c’est beaucoup pour les responsables de la crise. Le Monde n’est pas le seul. Le 11 août, Le Nouvel Obs titre sur : « Les incendiaires. Comment ils nous plongé dans la crise ». Là encore les banquiers ne sont pas les incendiaires, mais les experts ! Anton Brender, autrefois réputé de gauche, directeur des études économiques de Dexia Asset Management – vu les performances de son entreprise, on s’attendrait à davantage d’humilité –, dispose de deux pages pour clamer que : « Ce ne sont pas les marchés qui sont en cause mais l’impuissance politique ». Géniale novlangue : les marchés remplacent les banques, car ce sont elles qui spéculent contre l’euro. Mais comment un économiste pourrait-il cracher dans la main qui le nourrit ?

     

    Pourquoi les journalistes sont-ils si prompts à gober pareilles mystifications ? Leur réponse est invariable : « On n’a pas le temps ». Et c’est le génie des banques de l’avoir compris, comme l’explique une journaliste de L’Expansion« Les banquiers savent répondre vite, ils sont payés pour ça. Ce qui n’est pas le cas des universitaires qui réfléchissent, et dont les nuances sont difficiles à retranscrire ». Et c’est vrai, la pression est importante. Au Monde, une journaliste économique a signé 29 articles au mois d’août, soit plus d’un par jour travaillé, une autre en a signé 18, et ce n’est pas le journal le plus mal doté.

     

    Jacques Sapir pense différemment. Il distingue les journaux grand public, chargés de faire la pédagogie du libéralisme, et les médias économiques pour lesquels l’information a une vraie valeur marchande et qui, paradoxalement, sont plus ouverts : en pleine crise, Les Echos ont ainsi édité un supplément très intéressant sur le « bon » capitalisme. Comme le signale le journaliste François Ruffin (Fakir), Le Monde, qui pose une – bonne – question : « L’inflation peut-elle résorber les dettes publiques ? », réussit à publier… six experts qui condamnent l’inflation, sans même un autre son de cloche. La Pravda n’aurait pas osé.

     

    De plus les banques ont compris que la presse est le média de référence. Les télévisions et les radios viennent y puiser leur inspiration. Ainsi, la télé permet aux banques de faire entendre leurs voix bien plus loin que le simple cercle des lecteurs. Une pierre, deux coups.

     

    Un enseignant peut cacher un supplétif du système financier      

    Le système peut être un peu plus complexe. Le 12 août, en pleine déroute financière, l’Autorité des marchés financiers interdit la vente à découvert pendant quinze jours, pour vérifier si la décision réduit la volatilité des marchés. À mi-parcours Le Monde enquête. Verdict publié le 20 août : « La suspension des “ventes à découvert” ne permet par d’éviter de lourdes chutes en Bourse ». Cette fois-ci, c’est du sérieux, seul un banquier juge que l’« on ne peut pas arrêter tous les bandits ». Chapeau ! La journaliste a interrogé deux professeurs de l’Edhec, une des plus célèbres écoles de gestion françaises. Interdire les ventes à découvert est « au mieux démagogique, au pire dangereux ». La messe est dite. Sauf que l’on découvre, moyennant deux clics sur Google, que le laboratoire de ces deux spécialistes est financé par la banque Rothschild. Et là, de clics en clics, on apprend que le même labo vend de la formation aux professionnels… 2 000 € pour deux jours et par participant, logement non compris. Excusez du peu. Si vous avez dix élèves… À ce prix-là, mieux vaut éviter de se fâcher avec ses clients. Les ventes à découvert sont très rémunératrices pour les institutions financières. On reste sur la Toile et l’on découvre que l’un des experts est aussi le patron de l’Edhec, Noël Armenc, pour lequel « le débat entre marché et science n’a pas lieu d’être dans une grande école de commerce ! ». Circulez, pas de débat. Dommage.

     

    « Aucun n’est directement corrompu, mais la plupart sont payés par les banques… »  

    Reste la télévision et la radio... Là pas d’experts inconnus, pas de seconds couteaux, seules les stars sont invitées, comme Elie Cohen, que les chaînes se disputent, lui qui, en juin, nous expliquait que la crise était derrière nous.

     

    En dehors de ce genre de fantaisiste, pour avoir accès à ces médias les banques prennent comme consultants des professeurs d’école prestigieuses : Ulm, Sciences Po Paris, Dauphine et Polytechnique. Difficile de résister. Même les plus grands ont accepté cette compromission. Michel Aglietta, par exemple, conseille Groupama Asset Management. Lequel précise à la fin de ses livres qu’il est rémunéré par cette institution. Tout le monde ne le fait pas. Daniel Cohen, par exemple, signale très rarement qu’il travaille pour la banque Lazard. Il préfère rappeler qu’il forme les futurs Jean-Paul Sartre de la rue d’Ulm, réservant son engagement chez Lazard aux lecteurs de Challenges.

     

    Pourquoi se cacher quand on est entre amis ?    

    Pour l’ordinaire, les institutions financières embauchent des seconds rôles. Anton Brender s’est retrouvé directeur des études économiques de Dexia, Jean Paul Betbèze sévit au Crédit lyonnais, puis au Crédit agricole. En choisissant de passer du côté obscur de la force, nos hommes sont moins demandés pour les grands médias, mais ils vont pouvoir porter la bonne parole parmi les importants. Jean-Luc Gréau, qui a œuvré pour le Medef, rappelle que le débat économique sert aussi à prendre des décisions politiques. Et là aussi les banquiers ont souhaité être présents. Sur les trois économistes qui siègent au prestigieux Siècle, deux, Christian de Boissieu et Daniel Cohen, sont liés à des banques et siègent au Conseil d’analyse économique.

     

    Ce Conseil d’analyse économique, créé par Lionel Jospin, est aussi une citadelle imprenable de la planète finance. L’enjeu est de taille. Le CAE conseille le Premier ministre. La finance monopolise cet accès à l’oreille du gouvernement. Sur les 28 membres, 19 sont directement ou indirectement liés à la finance. La Société générale, le Crédit agricole, HSBC et Natixis sont ainsi représentés directement par leurs subordonnés. On découvre à la lecture des CV des membres que l’on peut être professeur à Dauphine et conseiller du directoire de la Compagnie financière Rothschild, comme Jean-Hervé Lorenzi. Les jeunes ne sont pas en reste. Augustin Landier enseigne à la Toulouse School of Economics, mais a aussi créé un hedge fund. À Claire Derville, qui lui demandait si on avait raison de penser que les fonds spéculatifs avait fomenté cette crise, il rétorque : « Non... Au contraire, en corrigeant les excès des marchés, ils contribuent à les assainir. Mais c’est vrai qu’en étant obligé de liquider leurs positions…, ils ont amplifié la spirale baissière. Ce sont les victimes collatérales de la crise du crédit ». Il fallait oser présenter les fonds spéculatifs comme des victimes de la crise... Le président du conseil a aussi ses pudeurs, et on le comprend, notre homme est gourmand, il ne mange pas à un seul râtelier. Le CV de Christian de Boissieu, qui affiche ses titres universitaires, ferait rougir de jalousie n’importe quel colonel de retour d’Afghanistan : économiste de l’année, lauréat à deux reprises, puis des titres en anglais non traduits, total respect… Mais notre président oublie de préciser qu’il conseille aussi un hedge fund, excusez du peu, du Crédit agricole, qu’il siège au conseil de surveillance d’une banque privée, une paille, et la liste est encore plus longue.

     

    Quand on interroge les membres de cette institution sur les dérives que peut générer ce quasi monopole de la finance dans le CAE, la réponse fuse : « On est libre, Patrick Artus propose par exemple d’augmenter les salaires depuis longtemps ». L’institution accepte un ou deux trublions à condition qu’ils ne mettent rien en cause d’essentiel. Au CAE et au Cercle des économistes, c’est la fonction de Patrick Artus. L’homme est sans danger. Il a de nombreux fils à la patte. Le directeur des études de la banque Natixis – aussi administrateur de Total, généreusement payé 55 000 € par an pour sept réunions – ne se précipitera pas pour inviter à la révolution, ni pour augmenter la fiscalité du CAC 40. Il s’est aussi vanté de conseiller les dirigeants chinois dans des cercles privés.

     

    « À la soupe »     

    Les banques sont les premiers employeurs d’économistes. Les débouchés pour les économistes sont très réduits. Traditionnellement, l’enseignement arrivait en tête, et il existe quelques postes dans la fonction publique. Aujourd’hui, les banques ont énormément augmenté leurs effectifs : dans les salles de marché, les risques pays, les services marketing… Il est fréquent de passer du public au privé. Les conditions de travail sont meilleures, les salaires aussi, entre 4 000 € par mois pour un économiste confirmé et 15 000 € pour une star, bien plus qu’un agrégé d’économie en fin de carrière. Et voilà nos économistes dans le toboggan.

     

    Évidemment, quand ils passent au privé, ils se jurent bien de ne pas changer. Sauf que Philippe Labarde, dans sa longue et belle carrière qui l’a mené du service économique du Monde à France Inter, se souvient d’évolutions : « Quand celui–là travaillait dans un organisme public, il n’avait pas le même discours que depuis qu’il dirige le service d’une grande banque ». Évidemment personne n’a envie de revenir en arrière. Le paradoxe de cette histoire c’est que les économistes ont inventé un terme pour expliquer cette « laisse » qui n’annonce pas son nom. C’est à Joseph Stiglitz que l’on doit le « salaire d’efficience ». Sa description est relativement simple : comment s’assurer de la fidélité de ses salariés ? Il suffit de les payer un peu au-dessus du marché, et par peur de perdre ce petit avantage, ils fourniront un maximum d’efforts et se comporteront en chiens fidèles.

     

    Comme d’habitude, c’est ceinture et bretelles, il est évidemment interdit de dire du mal de son employeur, voire des clients de son employeur, états ou autres. Le chemin est étroit. Antoine Brunet, un ancien de chez HBC, nous affirme avoir signé une clause qui lui interdisait de publier des livres sans l’autorisation de sa hiérarchie. Il existe des cas de licenciements. Un économiste que nous avons rencontré nous a expliqué sa situation : sa banque s’est séparée de lui pour avoir dit du mal de la Chine. Comme il a négocié son départ, il refuse que l’on cite son nom.

     

    "Je tiens à remercier Antoine Brunet, ancien économiste de HSBC, Google, Philippe Labarde, ancien membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel, Frédéric Lordon, du CNRS, François Ruffin de Fakir, Jacques Sapir, de l’EHESS, Jean-Luc Gréau et ceux qui ont accepté de me parler à condition que je ne les cite pas pour « continuer à être invité dans les colloques », voire d’intégrer un jour une banque. Sans eux, je n’aurais pas pu écrire cet article." BR

     

    Plus sur Bertrand Rothé

    Plus sur  Acrimed 

     


    aucun commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires